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La recherche en sexologie

 

Elle est difficile pour plusieurs raisons. D’abord elle recouvre plusieurs champs, ce qui oblige à varier les méthodes. Ensuite, la sexualité étant couverte par la pudeur, il n’est pas facile d’accéder à des faits incontestables dans le comportement et le ressenti sexuel des personnes. Le langage est également imprécis pour désigner les divers aspects de la vie sexuelle.

 

Il y a tout de même plusieurs types de recherches faites dans le champ sexologique :

 

1. Bio-médicales et pharmacologiques. En premier lieu, tout ce qui a été fait pour la contraception a largement contribué à libérer la sexualité. Des médicaments sont utilisés pour favoriser l’érection masculine (dont le célèbre ®Viagra) et des recherches sont menées pour les problèmes féminins. Tout en reconnaissant l’utilité de ces médicaments, lorsqu’ils sont correctement prescrits, je pense qu’il faut être vigilant quand aux risques de débordements. Il peut paraître facile d’attribuer un manque de satisfaction sexuelle à un problème physique, soignable par un médicament, et l’utiliser dans des cas ne correspondant pas à leur indication. Il y a ensuite un risque d’accoutumance. Les abus sont d’autant plus risqués que les services publicitaires des puissants laboratoires pharmaceutiques préparent le public à l’utilisation de telles artéfacts : on vous montre un très bel homme de la cinquantaine (par exemple le célèbre footballeur Pelé) accompagné d’un message sur la « normale » baisse de sexualité chez un fort pourcentage d’hommes mûrs (sans référence à une preuve vraiment convaincante) et on conclut pas « il y a des solutions – parlez-en à votre médecin ».

3. Les recherches psycho-sociologiques sur le comportement sexuel sont aussi fécondes si elles sont bien menées. Citons par exemple: Bajos, Nathalie (sous la direction de) Enquete sur la sexualité des français, Paris, La découverte, 2008. Mais il faut préciser que ces recherches indiquent ce que disent les français sur leur sexualité. On ne tient pas compte de la grande influence sur les réponses des représentations que se font les personnes de la sexualité. Ces recherches sont néanmoins fort utiles, car elles donnent une photographie assez précises de la manière dont les personnes vivent leur sexualité (pas forcément comment il la pratiquent exactement)

 

2. La chirurgie se développe aussi dans la sphère sexuelle. D’un part elle « répare » des problèmes organiques, d’autre part elle développe des artéfacts visant à modifier l’apparence corporelle. On connaît très bien les prothèses mammaires pour les femmes ayant eu un accident, mais surtout voulant augmenter le volume de leur poitrine. On connaît moins les modifications que les hommes apportent à leurs organes. Là encore, il y a un service rendu qui peut être utile, mais aussi un risque de dérapage.

4. C’est pour cela que, il y a quelques années, les sexologues américains William Masters et Virginia Johnson créèrent à Saint Louis dans le Missouri un centre de recherche sur la sexualité. Celui-ci a pu étudier en laboratoire la sexualité des humains sous diverses formes. Ces remarquables recherches ont rendu célèbres leurs auteurs qui eurent d’autres initiatives thérapeutiques originales. Actuellement, il paraîtrait difficile de mener de telles expériences car le rapport que l’on entretient à la sexualité a changé. C’est dommage, car on reste assez pauvre en données objectives sur les comportements sexuels.

5. Il y a une quinzaine d’années, j’ai personnellement participé à un travail de recherche en groupe avec des consœurs et confrères, ainsi que des volontaires non professionnels. Nous avons travaillé à partir de notre propre expérience de la sexualité, expérience vécue ou connue à partir de nos proches. Cette recherche a été très fructueuse et m’a personnellement beaucoup apporté dans ma pratique de sexologue. Malheureusement, elle n’a pas pu être publiée, pour la raison que j’invoquais plus haut : la sexualité est couverte par la pudeur et il est impossible – du moins en France à la fin du 20ème siècle – de publier et signer une recherche portant sur l’expérience personnelle de ses auteurs en matière de sexualité. Pour cette même raison, je m’abstiens de faire état ici de ce que nous avions mis au jour.